Diariste indéfectible et épistolier sans égal, André Gide a construit son œuvre littéraire comme une véritable réécriture égotiste, renvoyant une image de soi où l’homme et l’artiste apparaissent indissociables. Son œuvre narrative, redéfinie comme un «espace autobiographique», qui s’élabore dans un climat symboliste propice à l’expérimentation et à l’hybridation formelles, apparaît comme une variation autour des formes de l’intime et une tentative d’objectivation de celles-ci. La présente étude analyse l’ensemble de la production narrative gidienne, des Cahiers d’André Walter aux Faux-Monnayeurs, pour apprécier comment le journal et la lettre en tant que formes de l’intime favorisent l’analyse critique et l’examen autoréflexif, tout en redéfinissant les contours mêmes des genres. Le journal est pour Gide une structure fondatrice, le lieu où se matérialise un être double, sujet et objet de son propre discours. Le journal fictif d’André Walter devient également le lieu d’une première ébauche de mise en abyme. Dans les soties, l’auteur tente un affranchissement de la conception éminemment égotiste du journal. Paludes tente de se dissocier du geste autoréflexif typiquement symboliste et ironise sur le journal, même si celui-ci s’impose comme forme en mesure de montrer l’auteur aux prises avec la conception de son œuvre. Les Caves du Vatican, qui constitue un premier pas vers le “roman”, présente une construction polyphonique où la lettre et le journal ont désormais perdu leur pouvoir structurel. Les récits gidiens, au contraire, renouent avec la conscience autocentrée mais privilégient une structure orale ou écrite qui les apparente à des autoanalyses ; ils explorent ainsi différemment les potentialités des formes de l’intime. Enfin dans Les Faux-Monnayeurs, les formes de l’intime réalisent l’autotélisme propre de la modernité. Les lettres y engendrent le mouvement de l’action alors que le journal d’Édouard devient une sorte d’instance narrative au même titre que le narrateur hétérodiégétique et accueille au sein de l’œuvre la réflexion esthétique qui lui a donné vie, devenant par là-même une conscience objectivée.

Des écritures de l'intime à la conscience objectivée dans les fictions d'André Gide

Federica D'Ascenzo
2020

Abstract

Diariste indéfectible et épistolier sans égal, André Gide a construit son œuvre littéraire comme une véritable réécriture égotiste, renvoyant une image de soi où l’homme et l’artiste apparaissent indissociables. Son œuvre narrative, redéfinie comme un «espace autobiographique», qui s’élabore dans un climat symboliste propice à l’expérimentation et à l’hybridation formelles, apparaît comme une variation autour des formes de l’intime et une tentative d’objectivation de celles-ci. La présente étude analyse l’ensemble de la production narrative gidienne, des Cahiers d’André Walter aux Faux-Monnayeurs, pour apprécier comment le journal et la lettre en tant que formes de l’intime favorisent l’analyse critique et l’examen autoréflexif, tout en redéfinissant les contours mêmes des genres. Le journal est pour Gide une structure fondatrice, le lieu où se matérialise un être double, sujet et objet de son propre discours. Le journal fictif d’André Walter devient également le lieu d’une première ébauche de mise en abyme. Dans les soties, l’auteur tente un affranchissement de la conception éminemment égotiste du journal. Paludes tente de se dissocier du geste autoréflexif typiquement symboliste et ironise sur le journal, même si celui-ci s’impose comme forme en mesure de montrer l’auteur aux prises avec la conception de son œuvre. Les Caves du Vatican, qui constitue un premier pas vers le “roman”, présente une construction polyphonique où la lettre et le journal ont désormais perdu leur pouvoir structurel. Les récits gidiens, au contraire, renouent avec la conscience autocentrée mais privilégient une structure orale ou écrite qui les apparente à des autoanalyses ; ils explorent ainsi différemment les potentialités des formes de l’intime. Enfin dans Les Faux-Monnayeurs, les formes de l’intime réalisent l’autotélisme propre de la modernité. Les lettres y engendrent le mouvement de l’action alors que le journal d’Édouard devient une sorte d’instance narrative au même titre que le narrateur hétérodiégétique et accueille au sein de l’œuvre la réflexion esthétique qui lui a donné vie, devenant par là-même une conscience objectivée.
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