Je vais d’abord examiner la relation entre la théorie normative et la théorie empirique (I), puis expliquer pourquoi et comment nous devons comprendre le processus démocratique, une fois institutionnalisé dans les conditions d’une société individualisée et pluraliste, à la lumière de la politique délibérative (II), et enfin je rappellerai les conditions improbables de stabilité d’une démocratie capitaliste en crise (III). Dans ce cadre théorique, pour lequel L’espace public (1962/1978) était un travail socio-historique préliminaire, je décris la structure des médias numériquement transformés et leur impact sur le processus politique. Le progrès technologique de la communication numérisée favorise d’abord les tendances à la dissolution des frontières, mais aussi à la fragmentation de l’espace public. Le caractère de plateforme des nouveaux médias crée, en plus de l’espace éditorial, un espace de communication dans lequel les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs peuvent spontanément assumer le rôle d’auteurs (IV). L’ampleur des nouveaux médias est visible dans les résultats d’une enquête diachronique sur l’utilisation élargie des offres médiatiques. Alors que l’utilisation d’Internet s’est rapidement répandue au cours des deux dernières décennies et que la télévision et la radio ont plus ou moins maintenu leurs parts, la consommation de journaux et de magazines imprimés a chuté de manière spectaculaire (V). L’essor des nouveaux médias se fait dans l’ombre d’une exploitation commerciale de la communication en réseau, qui n’est pour l’instant pas réglementée. D’une part, cela menace de priver les journalistes, c’est-à-dire le groupe professionnel responsable des médias traditionnels, de leur base économique ; d’autre part, une forme de discussion semi-publique, fragmentée et circulaire semble se répandre parmi les utilisateurs exclusifs des réseaux sociaux, ce qui déforme la perception de l’espace public politique en tant que tel. Si cette hypothèse est correcte, une importante condition subjective préalable au mode plus ou moins délibératif de formation de l’opinion et de la volonté est menacée dans une proportion croissante de citoyens (VI).

Un nouveau changement structurel de l’espace public politique

CORCHIA LUCA
2022

Abstract

Je vais d’abord examiner la relation entre la théorie normative et la théorie empirique (I), puis expliquer pourquoi et comment nous devons comprendre le processus démocratique, une fois institutionnalisé dans les conditions d’une société individualisée et pluraliste, à la lumière de la politique délibérative (II), et enfin je rappellerai les conditions improbables de stabilité d’une démocratie capitaliste en crise (III). Dans ce cadre théorique, pour lequel L’espace public (1962/1978) était un travail socio-historique préliminaire, je décris la structure des médias numériquement transformés et leur impact sur le processus politique. Le progrès technologique de la communication numérisée favorise d’abord les tendances à la dissolution des frontières, mais aussi à la fragmentation de l’espace public. Le caractère de plateforme des nouveaux médias crée, en plus de l’espace éditorial, un espace de communication dans lequel les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs peuvent spontanément assumer le rôle d’auteurs (IV). L’ampleur des nouveaux médias est visible dans les résultats d’une enquête diachronique sur l’utilisation élargie des offres médiatiques. Alors que l’utilisation d’Internet s’est rapidement répandue au cours des deux dernières décennies et que la télévision et la radio ont plus ou moins maintenu leurs parts, la consommation de journaux et de magazines imprimés a chuté de manière spectaculaire (V). L’essor des nouveaux médias se fait dans l’ombre d’une exploitation commerciale de la communication en réseau, qui n’est pour l’instant pas réglementée. D’une part, cela menace de priver les journalistes, c’est-à-dire le groupe professionnel responsable des médias traditionnels, de leur base économique ; d’autre part, une forme de discussion semi-publique, fragmentée et circulaire semble se répandre parmi les utilisateurs exclusifs des réseaux sociaux, ce qui déforme la perception de l’espace public politique en tant que tel. Si cette hypothèse est correcte, une importante condition subjective préalable au mode plus ou moins délibératif de formation de l’opinion et de la volonté est menacée dans une proportion croissante de citoyens (VI).
978-88-3339-655-2
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