Idéaliste et wagnérien militant, promoteur d’un théâtre sans drame, mais aussi inventeur du monologue intérieur et parmi les créateurs du vers libre, Édouard Dujardin (1861-1949) fut l’un des interprètes de la fin de siècle en France, sans toutefois atteindre la notoriété de son vivant et sombrant définitivement dans l’oubli après sa mort. La réception tiède des Lauriers sont coupés – le roman qui décréta la découverte du monologue intérieur en 1887 –, la campagne de réhabilitation entreprise par Valery Larbaud à l’instigation de James Joyce restée sans lendemain et le faible écho de son essai sur Le monologue intérieur – ultime tentative d’autopromotion – relèvent aussi bien de facteurs littéraires endogènes que de raisons idéologiques s’inscrivant dans la période la plus conflictuelle des rapports franco-allemands. Marginalisé pour ses choix littéraires élitistes mais aussi pour l’éclectisme de ses activités, Dujardin passe du rang des minores à celui des oubliés lorsque sa germanophilie de dérivation symboliste et son idéalisme transnationaliste le poussent à assumer des positions pacifistes pendant la Première Guerre mondiale qui sont assimilées à de l’antipatriotisme. Son adhésion à la doctrine raciale de Houston Stewart Chamberlain et son rapprochement au gouvernement de Vichy et à l’Allemagne d’Hitler ont fait de lui un écrivain refoulé, l’emblème d’une certaine évolution des mentalités par bien des égards encore déconcertante.
Oubli, marginalisation et refoulement: Édouard Dujardin et l'impossible dialogue franco-allemand
Federica D'Ascenzo
2026-01-01
Abstract
Idéaliste et wagnérien militant, promoteur d’un théâtre sans drame, mais aussi inventeur du monologue intérieur et parmi les créateurs du vers libre, Édouard Dujardin (1861-1949) fut l’un des interprètes de la fin de siècle en France, sans toutefois atteindre la notoriété de son vivant et sombrant définitivement dans l’oubli après sa mort. La réception tiède des Lauriers sont coupés – le roman qui décréta la découverte du monologue intérieur en 1887 –, la campagne de réhabilitation entreprise par Valery Larbaud à l’instigation de James Joyce restée sans lendemain et le faible écho de son essai sur Le monologue intérieur – ultime tentative d’autopromotion – relèvent aussi bien de facteurs littéraires endogènes que de raisons idéologiques s’inscrivant dans la période la plus conflictuelle des rapports franco-allemands. Marginalisé pour ses choix littéraires élitistes mais aussi pour l’éclectisme de ses activités, Dujardin passe du rang des minores à celui des oubliés lorsque sa germanophilie de dérivation symboliste et son idéalisme transnationaliste le poussent à assumer des positions pacifistes pendant la Première Guerre mondiale qui sont assimilées à de l’antipatriotisme. Son adhésion à la doctrine raciale de Houston Stewart Chamberlain et son rapprochement au gouvernement de Vichy et à l’Allemagne d’Hitler ont fait de lui un écrivain refoulé, l’emblème d’une certaine évolution des mentalités par bien des égards encore déconcertante.I documenti in IRIS sono protetti da copyright e tutti i diritti sono riservati, salvo diversa indicazione.


